l’homme aux masques

Posté par knoxblood le 27 mai 2015

L’homme aux masques est né dans une troupe d’acteurs. Pas une troupe de grands acteurs plutôt celle d’une pièce enfantine. Il a revêtu son premier masque pour faire rire ses amis qui étaient tristes. Il n’aimait pas ça, les voir tristes. Il prenait à cœur de leur remonter le moral innocemment en se parant d’un masque plein de panache et toujours plus coloré. L’homme aux masques grandi on le changea de troupe , il ne connaissait pas grand monde il chercha alors à plaire au plus grand nombre et remit son masque, avant on le suivait mais ici il y avait déjà un meneur alors il se para d’un masque de suiveur un peu moins coloré certes mais l’humour et l’envie de faire rire était présent. L’homme aux masques à cette époque était intrépide et aimait s’amuser de tout de rien. Le bien le mal n’était pas vraiment son affaire tout les rôles lui allait. Tantôt tortionnaire, tantôt mauvais farceur, tantôt sage. Il était encore assez imaginatif et aimait créer des pièces.

Autre changement de lieu, nouveau cadre, nouvelle troupe. L’homme aux masques porte son masque d’humour, bizarrement dans ce nouveau cadre rien ne prend, le masque n’a pas été reconnu par la troupe. Il se retrouve alors spectateur du levé de rideau à la sonnerie de fin de représentation et ce chaque jour scolaire. Il découvre, analyse, étudie le jeu des autres sans jamais saisir toutes leur subtilités. Dans le public on ne voit pas toujours ce qui se passe en coulisse et malheureusement l’accès y est interdit. L’homme aux masques perfectionne donc son jeu seul la plupart du temps trouvant parfois un compagnon de théâtre itinérant, essayant en vain de créer un personnage ayant son utilité dans la pièce. Les masques de la tyrannie, et des mauvaises blagues ont laissé leur place à ceux de la patiente et de l’impassibilité. Le masque de l’humour semblait apparaître comme un masque d’absurdité aux autres, mais comme ce masque lui allait le mieux il décida tout de même de le garder lorsqu’il y avait du monde. Il n’y avait qu’en duo qu’il osait parfois apparaître nue tête.

Autre temps, autre troupe. L’acteur fermé, redécouvre les joies du jeu, petit a petit son rôle de spectateur redevient celui d’un figurant, il se réouvre au monde du spectacle et le masque d’humour recommence à faire de l’effet toujours mêlant l’absurde, mais ce n’est pas grave on lui redonne un rôle. Il s’adapte aux autres acteurs grâce aux observations et analyses qu’il avait fait durant sa période spectateur. Il adapte son masque en fonction des autres pour plaire au plus grand nombre dans la troupe lycéenne sans leur faire d’ombre jamais. Il ne voudrait pas se faire évincer à nouveau et puis un très beau duo affectif se met en place.

Autre temps autre scène. L’homme aux masques a raté une scène de son spectacle en duo, il est brisé, il éprouve des difficultés à faire face, mais il garde son masque tant qu’il peut. Une nouvelle personne entre en scène pour un nouveau duo. Pour ce jeu, l’homme aux masques refuse d’être à visage découvert, la souffrance est trop forte pour risquer de la voir revenir et de se balader à visage découvert. Un metteur en scène des étudiants en comédie le repère et lui fait une remarque inattendu. Il lui explique qu’il a compris son manège d’acteur et qu’il voit très bien de quoi il retourne. Il l’interroge sur le fait que l’homme aux masques en porte un continuellement. Ce dernier est perturbé, il ne s’était même pas rendu compte qu’il en avait toujours un sur la tête. Se rappelle-t’il seulement un moment ou il s’est vu dans un miroir sans masque dernièrement? Dubitatif et inquiet l’homme aux masques rentra chez lui mais une question le taraudais . Qu’est-ce qui le perturbais le plus ? Le fait d’avoir continuellement un masque même lorsqu’il était à présent en duo ? Ou bien le fait que l’on découvre qu’il porte un masque continuellement. Sur le moment c’était sûr, ce qui l’agaçait le plus c’était que le metteur en scène ai vu a travers le masque . « Inadmissible inadmissible je suis un très bon acteur » se répéta-t’il « Je doit faire attention sinon je risquerai de quitter la scène à nouveau. ». L’homme aux masques renforça les attaches de ses masques et reparti de plus belle.

Autre temps, autres représentations .L’homme aux masques est un acteur actif. Il a un rôle important d’ailleurs il gère lui même sa pièce et présente à ses spectateurs un spectacle différent et adapté à chacun. Cependant dans son duo romantique quelque chose ne va pas . Il semble qu’il commence à éprouver des difficultés à conserver son masque. Plusieurs discussions avec d’autres acteurs commencent à le toucher . C’est vrai normalement on ne porte pas de masque en duo . Et il semblerait que quelque chose le travaille et qu’il commence à avoir envie d’être en duo sans masque, d’enlever celui de l’adaptabilité pour être lui même . Mais tout ne se passe pas comme prévu, le masque commençait à peine à se fissurer que l’homme aux masques commença à paniquer. Était-il prêt à montrer son vrai visage au monde, et probablement perdre une bonne parti de ce qu’il avait oeuvré à créer ? Certainement pas , pas dans ces conditions là. « Et si le jeu de scène se déroule mal en coulisse comment vais je réussir à gérer les autres représentations quotidiennes ? » Il rejeta tout mais le mal était fait le masque était suffisamment abîmé pour faire sortir l’autre membre du duo romantique.

L’homme aux masques jouait à nouveau seul. Mais un problème se posait. À force de revêtir des masques et de jouer un rôle différent avec chacun il ne savait plus qui il était ni quelle pièce le contenterait lui.

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Test de légitimité

Posté par knoxblood le 27 mai 2015

Marc était assis, écoutant à peine ce que le gars, en face de lui, lui expliquait. Il regarda dehors, il faisait un temps splendide.
«  Vous avez bien compris, monsieur Coutel ? »

Marc se figea.
« Monsieur Coutel ? » interrogea l’homme chauve.

« Excusez moi docteur, je me sens un peu perdu.

— Je comprends bien, monsieur, nous sommes navrés de votre situation mais nous ne pouvons pas trop attendre. »

Après quelques heures, quelques signatures et paraphes en bas de nombreux documents, Marc rentra chez lui, sans trop se rappeler comment d’ailleurs. Il alluma machinalement la télévision pour mettre l’épisode du jour de Docteur Who qui devint juste un bruit de fond. Il se retrouva sur son fauteuil à regarder par la fenêtre de son appartement au sixième étage. Le temps était toujours aussi clair, mais le crépuscule arrivait. Il ne réalisait pas totalement qu’il venait de perdre la femme qu’il devait épouser dans trois semaines. Il tourna la tête vers la table du salon en pensant que l’emballage des mini paquets de m&ms, qui remplaceraient les traditionnelles dragées était à finir d’urgence. Puis il fixa la télé. Il n’avait jamais aimé cette série. C’était Cathy qui bavait dessus à longueur de soirée, collée à lui sur le canapé pendant qu’il travaillait sur son ordinateur.

Il réalisa enfin. Les larmes montèrent. Son cerveau envoya tous les signaux possibles à son organisme qui réagissait seulement maintenant. La grande parade des hormones et des neurotransmetteurs se mit en route pour faire expulser tout le désespoir qui était en lui. Tremblant de douleur, le visage morveux, son cerveau s’amusa toutefois à lui rappeler que malgré l’enclenchement tardif des festivités, de nombreuses occasions allaient venir lui rappeler sa mauvaise fortune. Après tout, une annulation de mariage était aussi laborieuse qu’une organisation. Mais des idées blagueuses, macabres, s’invitaient aussi à la fête de la détresse. Pourquoi ne pas recycler le buffet pour l’enterrement ? Il suffisait d’avancer toutes les réservations de trois semaines. Réfléchir le rendait malade, ou peut-être était-ce l’inverse. Un autre sentiment arriva. La culpabilité. N’oublie pas, Marc, TU l’a laissée traverser devant toi alors que le feu était rouge parce que TU l’as énervée. TU ne l’as pas attrapée par le bras. TU l’a laissée bouder sans t’excuser. Tu l’aurais poussée ç’aurait été la même chose. La douleur se fit encore plus violente, l’asphyxiant presque. « C’est vrai, je l’ai tuée», pensa t-il. « Crime pour crime, je vais aller en enfer, de toute façon. Et si je vis ça le sera également ». Il se dirigea vers la table de chevet dans la chambre. Sortit les somnifères du tiroir de Cathy et alla se remplir un verre d’eau. Il regarda à nouveau par la fenêtre en s’asseyant sur son fauteuil, et au moment ou il allait boire une voix se manifesta.

« Vous n’allez tout de même pas faire ça tout de suite ?
—Et pourquoi je ne le ferais pas ! » hurla Marc, pensant que son esprit se jouait encore de lui.
Il tourna la tête et vit un vieil homme rabougris, en costume, qu’il n’avait jamais vu auparavant. L’apparent sexagénaire souriait étrangement. Il se cramponnait au pommeau de sa canne. La forme de celui-ci semblait étrange à Marc, sans qu’il ne puisse expliquer pourquoi. Malgré son air chétif, l’invité mystère semblait pourtant capable de faire un salto arrière ou de défier un champion de boxe dans la minute, peut-être même de remporter le match et de faire un salto de la victoire juste après.

« Qui êtes-vous ? Que faites-vous chez moi ?

—Moi ? » L’homme pointa sa canne vers la TV. « Je suis le Docteur voyons, vous n’avez pas vu ma cabine en bas en rentrant ? Héhéhé. Trêve de plaisanterie. Sérieusement Marc, croyez vous au destin ? »

Marc, perplexe, ne sut quoi dire. Mettre  »sérieusement » et  »destin » dans la même phrase semblait si incohérent. Le vieil homme le mettait mal a l’aise, il lui redemanda de s’identifier.

« Mon ami, je suis un philanthrope curieux de la nature humaine et du destin. Et je trouve dommage que vous cherchiez à mourir maintenant alors que je veux vous proposer quelque chose de fantastique. Que diriez vous de faire un petit pari avec moi ?

— Vous allez surtout me foutre le camp d’ici ! Je ne suis pas d’humeur à vous écouter ou à me laisser embobiner par je ne sais quelle organisation qui profite des personnes fragiles ! Et si vous n… »

Le vieil homme l’interrompit en pointant sa canne juste sous son nez. Marc était comme paralysé par le fait d’avoir ce bâton orienté vers son visage.

« Tss tss , non, non, mon cher. Je suis là pour vous proposer un pari qui vous rendra peut être l’amour de votre vie. Je peux vous ramener au jour de votre rencontre, tout recommencer avec elle.

— En admettant que je vous suive, c’est quoi votre pari ? »

Le vieil homme eut un sourire qui lui déforma horriblement le visage, à tel point que Marc eut envie de tourner la tête, mais son regard resta fixé sur lui. Le sexagénaire eut un ricanement enfantin contrastant avec son hideux faciès.

— Eh bien, si vous réussissez à la séduire à nouveau, vous me montrez que le destin existe, j’aurai perdu et je viendrai vous féliciter. Par contre, si vous ne réussissez pas, vous serez bien malheureux, sans elle, non ?

— Mais vous n’y gagnez rien du tout ! C’est quoi votre intérêt dans tout cela? Cette discussion est tellement absurde.

— Bien au contraire ! J’apprendrai beaucoup de cette expérience. Ah ! Et évidemment vous n’aurez pas le droit de parler de ce qui est arrivé aujourd’hui, ni du fait que vous soyez dans ce que j’appellerai  » une redite », héhéhé ! »

Marc pensa que c’était sûrement un rêve lié aux somnifères et que son dernier songe avant la mort était malsain et glauque. C’était ça, ou alors un vieux fou , voire le diable lui même, se tenait devant lui.

— Alors ?

— Alors ? Allez-y, faites votre tour de magie, j’attends de voir ça et après je vous expulse de chez moi à coups de pied dans le derche».

L’homme baissa sa canne, frappa le sol lourdement avec et, d’un ton solennel déclara :  « Les dés du destin sont lancés… »

Marc retomba dans son fauteuil, et s’endormit instantanément.

Une sonnerie retenti. Marc s’éveilla en sursaut et tâtonna pour attraper son téléphone et éteindre  l’alarme. Puis, prenant conscience des derniers événements, se redressa brusquement sur son lit, désorienté. Il regarda son téléphone et remarqua que c’était celui qu’il avait trois ans plus tôt. «C’est impossible» marmonna-t’il, observant tout autour de lui sans comprendre ce qu’il se passait, perdu dans son ancien appartement. «Quelque chose ne va pas», pensa-t’il. En regardant la date et l’heure affichées sur son mobile, il se remémora la discussion et le pari qu’il avait conclu avec… le diable ? Cette pensée laissa place à d’autres plus importantes sur l’instant. «Le jour de notre rencontre… Le jour de notre rencontre… Où nous sommes-nous rencontrés ? Comment ça s’était passé ? A quelle heure/moment ? Que nous sommes-nous dit ?Réfléchis, Marc, réfléchis», s’intima-t’il. Il  courut à la salle de bain. Regarda un visage de trois ans plus jeune que celui qu’il avait vu le jour précédent. Il se toucha le visage comme pour vérifier son existence. «C’est impossible», se répéta-t’il, mais pourtant cela semblait bien réel… Le choc de la veille commençait à s’estomper. «J’ai une nouvelle chance, je ne sais pas par quel miracle, mais j’ai une nouvelle chance». Il s’habilla précipitamment avec les vêtements qu’il pensait avoir portés ce jour là. Son cerveau lui fit la remarque, qu’effectivement on n’écoute pas assez le récit de sa copine racontant notre première rencontre en détail.  Les vêtements, comportements de chacun  et les dizaines d’autres informations aussi futiles qui semblent tellement importantes en ce jour… Jetant un œil sur le répertoire de son téléphone, il se rappela que la rencontre était liée à leur travail. Cathy était agent immobilier, et son agence avait des vues sur un hôpital abandonné pour un projet d’hôtel de luxe. Lui était l’architecte engagé par le cabinet pour expertiser et préparer les plans de rénovation du lieu. Il revérifia l’heure sur la pendule qui, deux mois plus tard, casserait à cause d’un violent coït avec Cathy contre le mur. Il attrapa ses clefs de voiture, son porte-documents et, en réfléchissant à tout ce dont il avait eu besoin ce jour là, décida que si le destin existe, ça ne pourrait que bien se passer. En direction de l’hôpital, il éprouva de grandes difficultés à garder son calme, et pourtant il le devait. Elle lui avait dit que son calme et son côté posé étaient les choses qui l’avait séduite en premier lieu chez lui. Tout cela risquait de disparaître avec la nervosité. Revivre une scène, se remémorer un dossier vieux de trois ans, les opinions émises à ce moment là, en sachant d’avance comment le dossier allait avancer et ce qui allait clocher. Tellement de paramètres qui pourraient jouer sur les rencontres suivantes et sur l’attitude qu’elle adopterai avec lui. De l’assurance, il lui fallait de l’assurance.

Arrivé à l’hôpital, il hésita à sortir de sa voiture. Après une grande inspiration, il s’observa dans le rétroviseur. «Il faut y aller, maintenant !» Il vit son regard se teinter de détermination, et en hochant la tête comme si quelqu’un lui donnait une forme d’approbation, il s’échappa de ce lieu de sécurité, de cette loge d’artiste.

Elle était là , sérieuse et tendue par le projet qu’on lui avait confié. Il comprit alors pourquoi c’était son calme et son assurance qui l’avait fait tomber amoureuse de lui : elle avait eu besoin de lui pour se reposer et ne pas paniquer sur le projet qu’elle avait en main. Cette vérité lui éclatant au visage, il sourit, lui serra la main et se présenta non sans contenir cette outrageuse envie de l’embrasser et de la serrer dans ses bras. La visite du bâtiment lugubre commença. On observa les tuyaux, et les zones d’évacuation pour déterminer la meilleure manière d’optimiser le système sans avoir forcément tout à refaire dedans. Cathy craignait de devoir créer de nouvelles arrivées d’eau. Mais Marc la rassura car il savait déjà ce qui allait être trouvé. En passant dans le sous sol pour vérifier l’état des murs et des fondations, l’ambiance glauque et froide fit tressaillir la jeune femme qui expliqua que ce n’était pas l’ambiance des lieux qui la gênait, bien au contraire, étant amatrice de films d’horreur elle trouvait ça génial, mais plus la possibilité d’avoir des araignées énormes dans le coin. Marc répondit en plaisantant, qu’aucune créatures diaboliques de plus de huit pattes n’en poserai une sur elle pour les autres ça ne dépendait pas de lui. Cette dernière remarque la fit rire aux éclats, rire qui résonna dans tout les recoins de la bâtisse. Ils se regardèrent et se lancèrent un « faudra revoir l’isolation » tellement synchrone que Cathy resta bloquée un instant avant de repartir de plus belle dans son fou rire. L’hôpital contenait encore énormément de matériel abandonné. La jeune femme s’amusait à prendre un accent allemand tout en parlant d’expériences faites à de nombreuses victimes imaginaires et riait de plus belle en imaginant un hôtel ou les accessoires seraient gardés pour les clients fortunés aux mœurs douteuses et aux envies extravagantes. Cette femme rayonnait tellement que Marc avait peur de trop la regarder et d’avoir l’air louche, ou de lui donner l’impression qu’elle était totalement cinglée. C’était tout le contraire, il n’avait jamais été aussi certain de l’aimer. En explorant la toiture, Ils constatèrent de nombreuses fuites. Marc connaissait le problème : c’était quelque chose qui avait été extrêmement délicat à gérer lors des travaux et qui avait contaminé à de nombreuses reprises la réfection électrique du bâtiment. C’est pour cela qu’il insista lourdement sur le fait que les plans d’origine comportaient des erreurs et qu’il fallait gérer en priorité la réparation du sommet du bâtiment.
Cathy l’interrogea alors sur ses connaissances de l’établissement. Comment pouvait-il savoir tout ça. ? Vous avez vécu dedans ? plaisanta-t-elle. Marc s’empourpra légèrement

— Avec ce qui m’est arrivé dans la vie dernièrement, j’aurais de quoi être interné j’imagine. » Se reprenant,  « Mais c’est surtout que je connais mon affaire, mademoiselle, et si vous m’écoutez vous économiserez à votre société pas mal de retard et d’argent, et si je me trompe je pourrais toujours trouver un moyen de vous rembourser… Au moyen d’un dîné peut être?

— Si ce que vous dites est vrai, je pense que c’est moi qui vous offrirai un verre.
— Pourquoi attendre pour le verre ?
— En effet ? Pourquoi ? » reprit-elle.

Le temps passa, la vie se reproduisit quasiment à l’identique, Marc utilisant sa connaissance du passé pour modifier certaines choses, certaines sorties, enrichissant ses souvenirs de vie avec Cathy, oubliant presque qu’il avait eu une deuxième chance, après tout, trois ans c’est long. Parfois des quiproquos sur ce qu’ils avaient fait et pas fait apparaissaient. Puis vint un jour extrêmement ensoleillé. Marc et Cathy avaient décidé d’aller en ville pour chercher quelques morceaux de tissu pour améliorer la présentation des tables pour le mariage. Ce jour-là, Marc se sentit anxieux sans trop savoir pourquoi, et Cathy lui demanda s’il stressait à cause de la cérémonie. Il expliqua que non, que c’était autre chose.

« Quoi ? Tu as un souci au travail ? Tu ne te sens plus sur de toi ?  »

Marc s’agaça de ces questions.

« Laisse tomber veux-tu?

— Que je laisse tomber? C’est toujours pareil avec toi tu ne te confie pas. Et puisqu’on en est à parler de problèmes moi aussi j’en ai. Je ne comprends pas que tu mélanges des choses et que parfois tu inventes des sorties qu’on aurait fait ensemble, mais dont je n’ai aucun souvenir. Alors je sais que nous en avons déjà parlé mais à trois semaines du mariage tu sembles ailleurs, alors si je dois me marier je préférerais que ça soit avec quelqu’un qui n’a pas une double vie. »
Marc se figea.

« Trois semaines, tu dis ? » Il regarda autour de lui et reconnut le carrefour fatidique. « Attends, Cathy ne bouge pas ! »

— Ouais, c’est ça, change de sujet. Puisque c’est comme ça tu n’as qu’à le chercher toi même, ton tissu bleu à la con !

— Attends, je te dis, c’est dangereux par là-bas !

— J’aurais tendance à dire que c’est toi qui m’est dangereux en ce moment ! »

Le passage piéton passa au rouge, Cathy commençait à s’avancer mais Marc l’attrapa par la main. Sa fiancée se retourna et leva l’autre main pour le gifler, et c’est à ce moment là que le temps s’arrêta. Marc était le seul mobile, ou tout du moins conscient de ce qu’il se passait sur le carrefour. Il tourna la tête et vit avec horreur la voiture qui avait grillé son feu et tourné à gauche, écrasant Cathy trois ans auparavant. Cependant il y avait une différence de taille, qui rendait la scène encore plus horrible. La jeune femme était sur le trottoir avec lui et la voiture, au lieu d’être dans le sens de la circulation, pointait vers eux comme si le conducteur avait tourné cinq mètres trop tôt. La porte arrière du véhicule s’ouvrit et un petit homme encapuchonné s’extirpa de la voiture en s’appuyant sur une canne noire à pommeau étrange. Marc le reconnut aussitôt, sans même avoir vu le visage du bougre.

« C’est vous, n’est-ce pas ? Que ce passe t-il ?

— Héhéhé, je vous avais dit que je viendrais vous féliciter si vous gagniez notre pari. Et vous avez gagné. » Le sexagénaire enleva sa capuche, laissant apparaître un visage beaucoup plus osseux que naguère.

« Vous êtes le diable et venez prendre nos âmes c’est ça ? Vous trichez et…
— Oh la, je vous arrête tout de suite, je ne suis pas le diable. Vous savez qui je suis,.. »dit-il en ricanant comme à son étrange habitude.

Marc n’arrivait pas à détacher son regard de la canne, et comprit enfin. Le pommeau …, le pommeau si étrange de cette canne était une barre en métal courbé, argenté, brillant, mais surtout extrêmement fine sur la partie inférieure, fine comme une lame de rasoir.

«AH! Vous voyez enfin. On fait toujours état de ceci comme étant une énorme lame mais ça n’est pas le cas du tout, une faux peut être assez courte, et je ne suis pas très grand, vous l’aurez remarqué assez facilement.

—Pourquoi ce jeu ? pourquoi me donner de l’espoir pour me reprendre mon bonheur aujourd’hui ? Et pourquoi changer les événements ? La voiture ne devrait pas être dirigée vers nous.

— Oh, je change peu de choses en vérité. Votre femme va mourir, vous allez mourir et le conducteur ici présent… et bien il est mort. Les différences sont que j’ai fait avoir une attaque au conducteur il y a trente secondes, à la place d’une mort dans dix minutes à cause d’un raté de virage sur une route au bord d’une falaise après son délit de fuite. Votre femme va mourir un mètre avant, et vous ? Eh bien, vous, je vous empêche de vous suicider et vous ai offert trois ans de plus avec votre bien aimée. Vous ne trouvez pas que c’est un beau cadeau ?

— Mais pourquoi ce pari ?

— Vous savez, mon « métier », appelons-le comme ça, voulez vous ? Mon métier m’oblige à ôter des vies selon une liste que je reçois. Et parfois, je me pose la question du bien fondé de mes actions. Quand le doute m’assaille, je réalise une expérience. Vous êtes ma 100 000 e expérience en 300 000 ans d’activité, si je puis dire. J’en ai beaucoup réalisé au début, maintenant c’est beaucoup plus ponctuel. Vous m’avez prouvé que le destin existe en revivant votre amour. Vous auriez pu changer de vie, la laisser tranquille, mais vous êtes parti à sa poursuite et avait fait votre vie quasi à l’identique. Si vous aviez échoué ou renoncé à elle, j’aurais perdu foi en ma tâche, mais jusqu’à présent l’expérience n’a jamais démenti le concept de destin. Il semble par ailleurs que l’amour joue toujours un grand rôle dans le destin des gens. Enfin bon, l’amour ça reste une réaction chimique dans le cerveau, si vous voulez connaître mon opinion, héhéhé. La conclusion de tout cela est que si le destin contrôle votre vie, pourquoi le destin ne contrôlerait-il pas votre mort ? Comprenez vous ? » Marc ne sut quoi répondre.

« Et maintenant, que va t-il se passer ?

— Eh bien, maintenant, vous allez attraper sa main avant que la gifle vous touche le visage, et quand le temps reprendra son cours, vous aurez deux secondes pour lui dire que vous l’aimez avant que vous ne vous fassiez écraser tout les deux comme dans les publicités de la sécurité routière. »

Marc réfléchit quelques instants.

« Il n’y a vraiment rien que je puisse faire?

— Non rien du tout. Vous avez déjà fait ce que le destin attendait de vous.

— Allons nous souffrir?

— Si vous ne tentez rien de stupide comme la pousser ou sauter non.

—  Vais-je aller en enfer ou au paradis? Allons nous nous retrouver de l’autre coté?

— L’enfer ? Pourquoi donc ? Vous ne vous êtes pas suicidé. Et pour le reste, si ça existe, peut être. Allez savoir. Moi je suis bouddhiste vous savez  Héhéhé.  Je crois en la réincarnation… »

Marc regarda Cathy, pensa aux trois années supplémentaires qu’il avait eu la chance de vivre avec elle puis se tourna pour regarder ce qui semblait être la mort en face.

« Merci…

— Oh… mais de rien. Les dés du destin sont pipés apparemment »

Et le temps reprit son cours.

FIN

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Connaitre la mort

Posté par knoxblood le 27 mai 2015

 

« Salope d’Agatha! » Fulmina-t’elle. Ce n’était pas la première fois qu’elle se faisait larguer, pourtant ça ne passait jamais mieux. Et puis là c’était le ponpon. Agatha était parti avec un vieux grabataire. Soit disant que celui-ci lui offrait une bonne situation stable, avec l’aisance et le luxe. C’était évident que de son coté elle n’avait pas grand chose à proposer. Agatha lui avait même demandé de l’aider à tuer son nouvel amant pour pouvoir toucher l’héritage plus vite. Mais ça, elle pouvait toujours attendre pour voir la mort frapper le vieux. Bien au contraire, elle ferai tout pour que le mari vive le plus longtemps possible. Par contre il fallait qu’elle passe ses nerfs sur quelque chose ou quelqu’un. La dernière fois qu’on l’avait trompé avec une telle insolence et autant de mauvaise foi (et pourtant son ex était un ange) elle avait vu les choses en grand. Elle avait décimé presque toute une espèce à coup de météorite et d’éruptions volcaniques. Les sauriens avaient pris cher du coup sauf ceux qui portaient des plumes, parce que ceux là ils étaient jolis donc elle les épargna. Et grand bien lui avait pris car plusieurs années plus tard grâce à cela, on pouvait bouffer du KFC. C’est en pensant à tous ces gens qu’elle venait chercher dans leur sommeil qu’elle trouva l’idée pour se défouler. « Puisque je souffre et qu’on se fou de ma gueule, je vais vous en montrer moi du spectacle et de la douleur ! » s’exclama-t’elle.

Du coup ça fait cinquante ans qu’elle pestait et que la mentalité des gens avait changé. En effet, les églises et autre lieux de culte se sont remis à faire salle comble, les hôpitaux toujours aussi remplis par des gens qui avaient peur du moindre rhume, et les accidents par imprudence avaient drastiquement diminués. La population se méfiait de tout. En même, temps mourir n’était plus une sinécure. Fini les bons vieux arrêt cardiaque dans le sommeil et les morts sur le coup. Nan la mort en avait plein le dos des humains surtout à cause d’Agatha. Du coup toute mort était spectaculaire. Au lieu d’avoir le cœur qui lâche proprement généralement il explosait et les gens vomissait des gerbes de sang par tout les orifices les fabricants de fontaines auraient pu y piocher des idées. Les premiers mois on avait pensé à une maladie à la ébola mais bon ça frappait souvent les obèses ou les personnes âgées. On a donc vite fait le rapprochement avec les malades cardiaques. Du coup les gens se sont vite remis au régime. Le diabète transformait les cellules en cellules cannibales qui sécrétaient des acides qui te faisait t’auto-digérer. Les tumeurs transformaient systématiquement les gens en monstre de la nature difforme et les cris plaintifs de ces amas laissaient entendre qu’ils n’étaient plus que souffrance avant l’expiration final. Et en parlant d’expiration ce qu’on retenait c’était que leur dernier souffle était un vent nauséabond pour rajouter au ridicule de leur forme et de leur décès. Vous avez vu destination finale ? Ben ce n’est rien face à ce que la mort avait mis en place. Attention elle respectait son quota et frappait les gens sur sa liste il ne s’agissait pas de faire n’importe quoi non plus . Mais elle n’y allait pas en chantant une chanson douce ni avec des gants de velours ça nan. C’était plutôt deathmetal et batte clouté. Le pire ce n’était pas encore les morts liés à des soucis de santé.Non le plus dégueux et ce qui la contentait le plus, c’était lorsqu’elle se lançait dans la mise au point des accidents. Les humains avaient calmé les moyens de locomotion d’ailleurs. C’est sûr qu’après avoir découvert que les accidents de la route se transformaient quasi à chaque fois en explosion même si les véhicules en question étaient des voitures sans permis ou de simple vélo, on y réfléchissait deux fois à prendre la route .Bon pour les cyclistes il y avait toujours quelque chose avec une citerne ou une bouteille de gaz pas loin mais c’était tout de même assez singulier pour être noté. Ça ne facilitait pas le travail des officiels pour identifier la victime auprès des familles ni pour les agents de la voirie de nettoyer derrière. Sans compter que la police avait maintenant du mal a faire la différence entre un accident et un meurtre du coup les chiffres de la criminalité était peu fiable. Les personnes qui se suicidaient en se jetant par la fenêtre ? La mort avait plusieurs idées comme faire passer quelqu’un ou quelque chose dessous pour faire œuvre d’art moderne et quand il n’y avait rien vu du dessus c’était un tableau façon Rorschach en plus explicite. Mais bizarrement les gens survivaient bien cinq minutes histoire de bien souffrir dans une posture improbable. Les lois de la physique non respectées ? Que nenni. La mort savait ce qu’elle faisait c’était tellement miraculeux à chaque fois et pourtant ça s’expliquait par une coïncidence macabre. Elle avait tant d’idées pour tout les types de décès. Vous laisseriez votre imagination vous conduire qu’en plusieurs mois, vous n’auriez pas même en rêvant, visualisé tout ce qu’elle a pu concevoir pour passer ses nerfs .

Et pourtant malgré la souffrance infligée, et la distraction obtenue en accomplissant son travail de manière originale, ses pensées restaient bloquées sur cette garce d’Agatha. Du coup elle décida d’allé lui rendre visite. Bon elle n’avait pas forcément eu le choix de cette visite. Les cinquante années ne l’avaient pas épargnées et son mari de 125 ans avait encore bon pied bon œil, enfin pour un aveugle en fauteuil roulant il avait la forme quoi. La mort se présenta à son ex de 75 ans un jour d’été
« Il est l’heure
-Tu en as mis du temps à venir le chercher.
-Tu fais erreur ma grosse, c’est l’heure pour toi sinon tu penses bien que je ne serais pas venu te voir de sitôt . Une question me taraude cependant. Pourquoi n’as tu pas divorcé ? Tu avais la vie devant toi »
Agatha ne montra pas une once de stupeur ou de détresse en apprenant qu’elle allait mourir d’une minute à l’autre. Mais à la question de la mort, elle ne pu s’empêchée de ricaner comme la jeune femme qu’elle a connu cinquante ans auparavant.
« -ça t’aurait fait plaisir. Je suis convaincu que tu serais venu le prendre dès que le papier du divorce aurait été signé juste pour me mettre en rage »
La mort ne put contenir un  fou rire. Cette saleté la connaissait vraiment bien quand même….
Et pour la dernière fois Agatha fut prise par la mort.

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